« Snezelheim », le début du roman

Un adolescent pas si ordinaire…

Un extrait du roman s’impose pour vous présenter Arquel, le personnage principal de Snezelheim. Ces quelques paragraphes constituent le début du livre.

Snezelheim 700« Ce samedi matin mon frère fit irruption dans la grange, une lettre froissée à la main. Je compris tout de suite que j’allais avoir des ennuis.
—Trois semaines, Arquel. Ça fait trois semaines que tu es entré au lycée et tu es collé !
Arrivé à ma hauteur, il me mit le papier sous le nez. Slappi, notre berger des Pyrénées, se faufila derrière lui. Brave chien ! Son trot joyeux projetait des gouttelettes d’eau partout. Il fit le tour de l’atelier, renifla ici et là, puis se posta à côté de moi pour montrer qu’il me soutenait à cent pour cent.
Je reposai mon outil à sa place sur son plan de travail. Comme je restais muet, Madriel se mit à lire :
— « Nous avons le regret de vous informer que votre enfant Arquel Dumont est mis en retenue pour travail non fait et insolence vis-à-vis de son professeur de mathématiques ». Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Mon frère m’observait avec sévérité. Ses yeux d’argent avaient viré au gris tempête et la pluie avait collé ses cheveux noirs sur ses épaules, ce qui accentuait l’allure sauvage que lui octroyait sa barbe de trois jours. Les gens disaient que nous nous ressemblions, lui et moi, que nous présentions le même profil d’oiseau de proie, les mêmes traits acérés, le même nez aquilin. Pourtant, la comparaison s’arrêtait là. Alors que je me complaisais dans un style neutre, il ne sortait jamais sans son manteau de cuir noir qui tombait sur de vieilles santiags tout droit sorties d’un western. La chaîne de sa montre à gousset pendait sur son jean, ajoutant à son profil une touche vieillotte. Je me demandais pourquoi il la portait puisqu’il ne se souciait jamais de l’heure.
Son silence devenait insupportable. J’avais l’impression d’être une brochette lâchée au-dessus du barbecue.
—C’est bon, je le reconnais, j’ai fait n’importe quoi, je suis désolé, déclarai-je avec le plus de conviction possible.
Mais ma voix tremblait un peu.
—Ah, quand même, dit-il en croisant les bras. Dis-moi ce qui s’est passé.
Madriel m’avait appris que l’on devait toujours assumer ses actes, que faute avouée était à demi pardonnée. Le genre d’histoire que l’on raconte aux enfants pour freiner chez eux le recours systématique au mensonge. Sur moi, ce stratagème faisait merveille. J’étais un féroce partisan de la vérité et j’avais du mal à comprendre qu’il valait mieux, parfois, renoncer à la franchise.
—Bon, je t’explique, tentai-je en regardant mes doigts se tortiller. On avait un exercice à faire et on a commencé la correction au tableau. Je me suis porté volontaire, mais le prof s’est rendu compte qu’il n’y avait rien dans mon cahier.
Les pupilles de mon frère se résumèrent à deux fentes.
—En somme, tu n’avais pas fait tes devoirs.
Oh, s’il n’y avait eu que ça…
—Oui, bon, et puis…je lui ai dit que je n’avais pas besoin de son cours pour faire son fichu exercice. Enfin, pas tout à fait. Je lui ai dit « j’ai pas besoin de vous », ce genre de truc. Ne me regarde pas comme ça, je sais que je suis allé trop loin. J’ai l’intention d’aller m’excuser.
—Parce que tu ne l’as pas encore fait ? hurla Madriel.
J’avais des circonstances atténuantes à lui opposer mais bizarrement, j’eus l’intuition qu’aucune ne trouverait grâce à ses yeux. Alors je gardai le silence, un silence honteux, ma seule et pitoyable tactique de défense. Bientôt, on n’entendit plus que le crépitement de la pluie sur le toit de tôle et le bruit de fond de la radio avec laquelle j’avais l’habitude de travailler. Même Slappi me laissa tomber pour aller renifler un vieux ballot de paille.
—Je ne pensais pas à mal, me défendis-je. Je le répète, j’étais volontaire. Ce n’est pas comme si j’avais voulu tirer au flanc.
—Là n’est pas la question. Tu te rends compte de l’image que tu donnes de toi ? Un petit arrogant qui sait tout sur tout, et qui se permet d’envoyer paître ses profs. Et moi, tu y as pensé ? Comment crois-tu que les gens me jugent à présent ? Je ne suis ton tuteur que parce qu’ils ont estimé que j’en étais capable. S’ils changent d’avis, tu te retrouveras en famille d’accueil. C’est ce que tu veux ?
Oh, la belle manœuvre pour que je me sente coupable. Ils, c’étaient les services sociaux. Madriel ne les appelait jamais par leur nom. Je ne comptais pas me laisser faire.
—Arrête un peu. On ne va pas te retirer ma garde juste parce que je suis collé.
Mon frère apprécia modérément que je me moque de lui.
—Non, en effet. C’est juste la première étape vers le grand n’importe quoi. La prochaine fois, j’aurai droit à quoi ?
—Ça n’arrivera plus. Je te le promets.
—Je l’espère pour toi. Ce n’est pas comme ça…
—…que tu m’as élevé, je sais.
En acceptant de le reconnaître, j’évacuais du même coup la boule désagréable qui nichait dans mon ventre. Tant de conséquences pour un simple malentendu. Mon niveau scolaire dépassait celui des autres, pourquoi le nier ? Je n’avais jamais eu besoin d’apprendre une leçon. On ne m’expliquait jamais les choses plusieurs fois pour que je les comprenne. J’étais comme ça, un point c’est tout. Hélas, je ne savais pas me taire quand la situation l’exigeait.
Mon frère s’apaisa quand il s’aperçut que ses arguments faisaient mouche. Il se tourna alors vers ma table de travail. Des ressorts, des composants électroniques, tout ce que j’avais pu trouver et extraire d’objets divers mis au rebut, s’y épanchaient sans hiérarchie ni classement. À l’aide de tournevis, de pinces, d’un marteau et d’un fer à souder, je créais des machines infernales sans poursuivre d’autre but que de produire du mouvement et du bruit. Parfois j’agissais selon un plan, mais seulement lorsque j’élaborais des structures cohérentes : voitures, canards et autres monstres de ferraille.
—Quel capharnaüm, dit Madriel les yeux plissés. Tu devrais être plus ordonné. Un artisan digne de ce nom ne se laisse pas submerger par son propre bazar.
Pour me montrer l’exemple à suivre, il désigna son propre établi, installé à l’autre bout de la grange. La table de bois massif comportait quelques entailles et de maigres traces de peinture. Les matériaux qui composaient ses jouets habitaient toutes sortes de tiroirs, de caisses et de sacs bien fermés, à l’abri du froid, de l’humidité et des chiens diaboliques qui mâchouillaient tout et n’importe quoi. Comme s’il devinait que je pensais à lui, Slappi bouscula ma main avec son museau.
—Je me demande si j’ai bien fait de t’apprendre ce que je sais, murmura Madriel d’un air étrange.
—Quoi ?
—Créer des jouets, ça prend du temps, ça demande de la patience et de l’énergie. Tu t’investis trop.  Je ne veux pas que tu délaisses le reste.
—Ce n’est pas le cas. T’ai-je déjà rapporté de mauvais résultats ?
—À part ces heures de retenue ? Non.
—Je t’assure que tu t’inquiètes pour rien.
Mais cette fois, je n’étais pas vraiment honnête. Depuis des années, je m’essayais à fabriquer des jouets traditionnels comme le faisait mon frère. Il avait beau dire que la nécessité l’y obligeait et qu’il ne voulait pas de cette vie pour moi, je sentais la passion qui l’animait. J’avais tout appris en voulant l’imiter, même si j’évitais de piocher dans ses matières premières coûteuses. Excepté lorsqu’il me donnait de quoi réaliser des structures particulières, je chassais d’antiques trésors dans les vide-greniers du village et récupérais le moindre écrou qui me passait sous la main.
—Je ne vois pas de quoi tu as peur, murmurai-je. Je ne t’arrive pas à la cheville.
Mon frère se gratta la barbe.
—Je ne suis pas d’accord. Tu fais preuve d’une bonne maîtrise technique. Tu retiens bien mes leçons et tu as une faculté de recomposition assez étonnante.
Il désigna un petit singe affublé de cymbales qu’il m’avait rapporté d’une brocante et dont j’avais remplacé le mécanisme défectueux. Son regard glissa ensuite vers la voiture télécommandée que je réparais avant son arrivée. Son antenne était tordue, sa carrosserie bosselée. Mon frère s’en saisit, non sans une grimace. Je savais ce qui le gênait : les lignes de coupe grossières, les couleurs tape à l’œil et surtout, les marques de moulage du plastique.
—C’est celle de Quentin ?
J’acquiesçai. Quentin, le petit frère de mon amie d’enfance Léona, appréciait la mécanique qui fume, version jouet. Nous nous étions rencontrés voilà plusieurs années quand leur famille avait emménagé dans le village voisin. Avant que les problèmes de santé du garçon ne l’en empêchent, nous prenions le ramassage scolaire ensemble.
Madriel retroussa le nez.
—C’est de la production en série. La qualité n’est pas fameuse. Si tu réussis à la réparer, ça cédera au premier choc. Les trucs à piles, tu sais ce que j’en pense.
—Une voiture télécommandée, ça reste une voiture télécommandée. Et puis c’est pour rendre service.
En parlant, j’avais repris mon tournevis.
—Bon. Je vais aller préparer le repas, déclara mon frère en se levant d’un bond.
—C’est quoi aujourd’hui ? Lasagnes surgelées ? Pizza surgelée ? Ah, non, attends : une poêlée de légumes surgelés avec du poisson pané surgelé.
Nous avions un gros, un très gros congélateur. Mon frère se complaisait dans ses phases de création et ne passait pas plus d’un quart d’heure par jour à la cuisine.
—On n’est pas au restaurant. Si tu crois pouvoir faire mieux, je te laisse la place.
—Non, ça ira, merci.
—Au fait, tu es puni. Non seulement tu iras t’excuser auprès de ton prof, dont tu feras la punition gentiment, mais en plus tu seras de corvée de vitres. Ça te fera les pieds.
—Et les rideaux, ça sert à quoi ? On ne les fait jamais, les vitres. Je suis sûr qu’elles sont toutes noires.
Il m’adressa un sourire machiavélique.
—Tu frotteras bien. Je les veux impeccables.
Incrédule, je regardai mon frère alors qu’il sortait sous l’orage et courait jusqu’à la maison. Bof, je ne m’en sortais pas si mal. Il aurait pu m’interdire l’accès à la grange et me priver de ce qui comptait pour moi. La façon dont Madriel gérait les choses me tapait parfois sur les nerfs mais je ne restais jamais longtemps fâché contre lui. Il restait à l’écoute, il ne partait pas du principe systématique que j’avais tort. C’était mon frère, pas mon père et de ce fait, m’opposer à lui n’entrait pas forcément dans l’ordre des choses. J’aurais néanmoins préféré qu’il réalise de lui-même ce que j’avais tant de mal à lui dire. C’était ici, dans cette grange, notre atelier, que je travaillais avec plaisir, mon cerveau dans une joyeuse ébullition. Pas en classe. Là-bas, tout était trop facile pour moi et trop peu excitant. Je remplissais le contrat, mais je n’en tirais aucune satisfaction.
Mon ventre se mit à gargouiller. Le samedi matin, en général, je me levais tôt et n’avalais qu’une tasse de café en guise de petit déjeuner. Si la chance m’accompagnait, je trouvais quelques biscuits dans le placard, mais le sucre et tous ses dérivés ne faisaient jamais long feu à la maison. Je poursuivis les réparations pendant quelque temps, avant de comprendre que je ne réussirais pas à tromper l’horloge : j’avais trop faim.
Slappi ronflait dans un coin de la grange. Je l’en fis sortir et aussitôt il s’élança pour disperser un groupe de corneilles rassemblées près du portail. Madriel avait garé sa camionnette dans la descente. Dans deux jours, mon frère participerait à une nouvelle foire où il présenterait poupées, puzzles, voiturettes, et autres jeux de sa création. Son travail nous permettait de vivre sans manquer de l’essentiel. Il n’était pas du genre à faire des excès et moi non plus, puisqu’il m’avait élevé comme ça. De toute manière, dans cette campagne paumée, les endroits où dépenser son argent se comptaient sur les doigts d’une main. À part la boulangerie, la supérette, la station service et le tabac-débit de boissons-PMU, on ne rencontrait ici que des bois, des bois, des bois.
Déprimant. Pour autant, je ne gardais pas un bon souvenir de la ville. Nous y avions vécu voilà des années, lorsque nos parents avaient été portés disparus au cours d’un voyage en Amérique du Sud et que nous étions tombés sous la houlette des services sociaux. Madriel avait déjà dix-sept ans ; moi, je venais juste de fêter mon premier anniversaire. Au début, tout s’était bien passé, pour une raison fort simple : les souvenirs inexistants ne laissent aucune place au chagrin. On ne pleure pas des gens que l’on n’a jamais connus. Les choses avaient changé le jour où Madriel était parti et où il m’avait laissé seul avec ces étrangers. Même s’il venait me voir tous les week-end, j’avais ressenti un vif sentiment d’abandon. Par la suite, j’avais réalisé que mon frère avait employé ce temps à prendre son indépendance financière et ainsi contraindre l’administration à le reconnaître comme mon représentant légal. Ce moment était arrivé quand j’avais eu cinq ans et depuis, une assistante sociale, jamais la même, nous rendait visite de temps en temps pour s’assurer que tout allait bien.
Voilà pourquoi mon frère me voulait irréprochable à tous points de vue. Nous avions plus à perdre que n’importe qui.
La pluie et l’humidité coloraient ce jour d’une grisaille comparable à celle qui me submergeait. Notre maison, une vieille construction de guingois plantée au milieu d’un terrain en friche, constituait l’anomalie première d’un environnement forestier sans limites apparentes. C’était la plus isolée du village, la cabane perdue, le défi du facteur. Madriel la sauvait de la ruine par petites touches quand il en avait le temps. Ainsi les éléments de la toiture apparaissaient dépareillés, à l’instar des fenêtres, des briques et du crépi.
Dès que je rentrai, j’essuyai les pattes du chien et enfilai un pull. Je ravivai le feu dans la cheminée du salon puis me rendis dans la cuisine pour y mettre la table.
—Tu tombes bien, dit mon frère, j’allais t’appeler.
—Je ne résiste pas aux corvées du déjeuner, tu sais bien.
Notre bon Slappi se reposait déjà dans son panier, couché en boule. Madriel sortit la pizza du four et le sachet de salade du frigo au moment où la télévision lançait le journal de treize heures.
La cuisine était la seule pièce de notre maison où les meubles de récupération contrastaient à ce point avec les pantins que Madriel suspendait partout dans la maison. Des œuvres uniques, merveilleusement articulées, fruit de son travail et de sa passion. Mes souvenirs reconstituaient sans effort ces histoires que mon frère me contait à propos de ces marionnettes. Cachées parmi les hommes, ces créatures venaient alors à s’animer si un danger menaçait les habitants du foyer. Hélas, elle ne colmataient pas les fuites d’eau, et passaient encore moins l’aspirateur.
Un souvenir affleura soudain au milieu de mes réflexions. À l’âge de neuf ans, j’avais invité Léona et Quentin à un goûter d’anniversaire, le premier que j’avais l’honneur d’organiser. Moi qui n’avais jamais eu beaucoup d’amis, je brûlais de joie à l’idée d’accueillir de nouvelles têtes dans une maison qui en voyait fort peu. De la décoration jusqu’au gâteau, j’avais tenu à ce que chaque élément corresponde au thème des marionnettes. Attention : je ne parle pas de ces créatures douces que l’on rencontre à grande échelle dans les boutiques de jouets, mais des œuvres de Madriel dont je n’avais pas encore décelé l’ambiguïté et qui composaient, pour les non-avertis, un véritable musée de la terreur. Moi qui avait toujours vécu dans un tel environnement, je n’avais pas vu le moindre problème à faire comme si tout allait de soi. Mais il n’avait pas fallu dix minutes avant que Léona se sente mal à l’aise, jusqu’au moment où voulant lui faire une farce, j’avais fait descendre du plafond de la salle à manger un pantin noir, griffu, à la langue tombante, comparable à ces masques indonésiens qu’une personne saine d’esprit n’accrocherait jamais au-dessus de son lit. La pauvre ! Elle s’était sauvée à toutes jambes jusqu’à la lisière des bois. Quentin, dont la fuite en fauteuil roulant s’avérait plus problématique, avait percuté le monstre avant de le décrocher par inadvertance et de finir par rouler dessus.
Madriel avait fait preuve d’un calme qui m’étonne encore. Il avait ramassé la marionnette et nous avait conduits dans son atelier. Sous nos yeux, il avait remplacé les cordages rompus, retendu les articulations, recollé les éclats de bois, rafraîchi la peinture écaillée. Émerveillé, j’avais alors supplié mon frère de m’apprendre à faire des pantins. Il m’avait regardé d’un air étrange avant de me répondre : un jour, peut-être. J’attendais toujours. Et je renouvelais mes demandes à intervalles réguliers, sans succès.
Je me demandai pourquoi je repensais à tout ça. Pourquoi repoussait-il le moment de m’enseigner la fabrication de marionnettes alors que selon moi, c’était ce qu’il réussissait le mieux ? Libre à moi de me lancer tout seul, néanmoins je m’en sentais incapable. Imiter son travail sans sa bénédiction reviendrait à commettre une trahison envers lui. Il était mon mentor autant que mon frère, et m’avait inculqué un principe inviolable : on ne prend jamais à la légère la création d’un jouet.
—Arquel ? À quoi tu penses ?
Je pris le temps d’avalée ma bouchée.
—Je réfléchissais à ce qu’on s’est dit tout à l’heure. J’ai l’impression qu’au milieu des autres, je ne suis pas à ma place.
—Tu as tes particularités. Qui n’en a pas ? Tout le monde doit faire un effort d’adaptation. Toi peut-être davantage, c’est pour cela que ça te paraît difficile et injuste.
Madriel ne comprenait pas. M’adapter, quel cauchemar ! Je ne voulais pas changer, je voulais juste qu’on m’accepte. Si je devenais comme les autres, je perdrais mon savoir-faire. Pire : l’envie de faire. Tout ce j’avais appris auprès de lui, tout ce qui faisait que j’étais moi. Je deviendrais tristement ordinaire, sans envie particulière, sans projet particulier. Je m’éloignerais de mon petit monde intime et familier pour en rejoindre un autre qui ne m’attirait pas. La musique, les sorties, les fringues, les bisbilles de cour de récré flottaient quelque part hors de ma portée, dans une nébuleuse lointaine.
J’avais quelque chose à accomplir en tant qu’artisan. Cette conviction, intime, dormait au plus profond de moi depuis des années.
—Je ne suis plus un gamin qui croit tout ce qu’on lui dit, murmurai-je.
Quelque chose passa entre lui et moi, comme un miroir qui s’élève et qui offre un reflet imparfait à celui qui regarde. Dans ces moments là, je prenais conscience notre similarité. La même pâleur, le même visage fermé auréolé de mèches noires, des traits presque identiques et le même regard perçant. À la différence qu’on disait du mien qu’il formait deux puits de ténèbres sans fond ne révélant rien de mes sentiments, tandis qu’on lisait dans les iris d’acier de Madriel l’éclat de chacune de ses humeurs. Tandis que je découpais ma pizza, je posai cette fois ma question en des termes clairs :
—Pourquoi vivons nous ici ? »

Laetitia Millet
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